Plume

07 janvier 2011

Destins de papier et sang d'encre

       L'automne... et ses feuilles restaient blanches. Il y avait là, perdu au beau milieu de ce désert d'encre sèche, un être abandonné, qui s'ennuyait. Son auteur n'avait plus d'inspiration ces derniers temps, et avait laissé son histoire en suspens. Il avait donc pour unique distraction un livre. En parcourant les lignes et les pages, il découvrit la vie d'un autre personnage, qui lui-même faisait le récit de sa vie d' homme d'encre et de papier. Celui-là avait une existence mouvementée, et des pensées tourmentées. Il se sentait oppressé par le destin, comme comprimé sous le poids de la plume de l'écrivain. De son côté, notre humain fictif se languissait de l'absence de rebondissements dans son histoire et relevait de plus en plus d'absurdités dans son monde. Son auteur s'était remis à l'œuvre mais d'un élan un peu vif,  torturant son être de lettres à coup d'hyperboles tragiques. Révolté, le petit homme commença à se rebeller. Désormais, il ne doutait plus de l'existence d'un  Quelqu'un tout puissant qui le dirigeait au gré de ses envies et qui se permettait d'infliger ses fantasmes à ses créatures. Il en avait marre d'être la marionnette de ce cœur égoïste et solitaire, la victime d'un despote possessif. Il prenait conscience que le Créateur, leur père à tous, les emberlificotait dans les mailles de son texte, les gardaient captifs, figés dans des phrases fantaisistes. Et en plus, ça l'amusait. Ça l'amusait, le vieux, là-haut, de martyriser ses créations, de passer ses nerfs à travers ces petits noms propres innocents. Cela ne pouvait continuer ainsi. Il devaient réagir, se réveiller et faire valoir leur droit à la Liberté. Alors notre héros en fit appel à tous ses pairs, aux hommes qui peuplaient cette Terre. Et tous se mirent à manifester. Les lettres se bousculaient, les mots s'inversaient, les adjectifs refusaient de s'accorder et les noms perdaient le leur.

     Mais l'auteur fictif n'entendait pas toutes ces lamentations. Et puis qu'importe, il avait mis son roman de côté parce qu'il était lassé. Et puis lui aussi se questionnait. D'où venaient ses idées? Était -il le fruit de la pensée d'un autre? Vivait-il par procuration, au confluent d'inspirations? Il s'interrogeait et doutait à son tour, accusant une force supérieure de s'exprimer par lui. Alors il tapa du poing, agita sa plume, tempêta... Il finit par remettre en cause toutes ses croyances, voulut révolutionner son monde. Et bien, tenez-vous, à cet instant précis,  il y en avait un autre, de narrateur, qui se marrait bien... peut-être pas pour longtemps...

 

Fort heureusement, cette histoire, un peu noire sur la fin divertit sûrement le lecteur actuel de ces lignes. Mais à cette heure-ci, qui sait s'il n'est pas prisonnier entre deux pages, pris en sandwich entre la table des matières et le prologue, ou bien aux prises avec l'élément perturbateur?

Posté par Penna à 15:59 - Commentaires [0] - Permalien [#]